La psychanalyse, bon ou mauvais objet ?

La psychanalyse, bon ou mauvais objet ?

Détestée ou idéalisée, la psychanalyse, au coeur d’un perpétuel débat, ne fait pas dans la demie mesure. En clivant les professionnels du soin psychique, cette vision dichotomique de la psychanalyse alimente un conflit entre les différentes écoles de la psychologie clinique. Le narcissisme de chacun y est alors à l’honneur au détriment de l’accompagnement du patient, censé pourtant être au centre du soin.
Essayons de réfléchir et de proposer une ébauche d’hypothèses concernant ce clivage au sujet de la psychanalyse

La psychanalyse est née sous l’initiative de Sigmund Freud dans la Vienne conservatrice et puritaine du XIXe siècle. D’abord décriée par une partie de la communauté scientifique de l’époque, elle a tout de même rapidement rallié de nombreux penseurs à sa cause. Aujourd’hui, bien que (presque) tous s’accordent à penser l’apport majeur de la psychanalyse à travers la découverte de l’inconscient, celle ci se trouve d’un côté détestée et de l’autre idéalisée, dans les deux cas à tords selon moi…

Pourquoi tant de haine ?
Reconnaître l’intérêt de la pensée psychanalytique, c’est d’abord reconnaître l’inconscient et son impact dans notre quotidien, nos choix et nos comportements. En effet, reconnaître l’inconscient, c’est comme le disait Freud, reconnaître (non sans difficulté) que l’on n’est pas « maître chez soi ». Cet hôte mystérieux, qui nous habite, influe à notre insu sur tous les domaines de notre existence. On peut imaginer la blessure narcissique induite par une telle révélation et le sentiment d’impuissance qui peut en découler. Effectivement, comment ne pas détester la psychanalyse après un tel affront ?

Cependant, alors que certains la déteste, d’autres en ont une vision idéalisée, mettant la psychanalyse sur un piédestal dont il est bien difficile de la faire descendre. A moins que ce ne soit simplement un moyen de se défendre de la blessure narcissique induite par la découverte de l’inconscient…

Pourquoi un tel anoblissement de la psychanalyse ?
N’ayant pas de mal à reconnaître l’inconscient et l’intérêt de la pensée psychanalytique, certains l’élèvent, au contraire, au rang de science maîtresse et absolue du psychisme humain, dénigrant au passage tout autre source de connaissance. La psychanalyse est certes mal comprise, mais en se positionnant ainsi il faut dire qu’elle se fait aussi mal comprendre.
Là où Lacan évoquait le « sujet supposé savoir » (S. IX 15 novembre 1961) comme « supposition indue », mirage transférentiel pour le patient, soutenant le processus analytique, certains psychanalystes semblent le prendre pour argent comptant et se positionnent en « sujet sachant ». La psychanalyse se trouve alors idéalisée, servant le narcissisme de l’analyste, entraînant toute puissance et souvent dérive de la prise en charge. Une telle dérive vient ternir et discréditer la pensée psychanalytique au lieu d’en montrer la richesse et les nombreux intérêts.

Pour en finir avec le clivage…
Ni détestable, ni idéalisable, la psychanalyse doit reprendre sa place. Elle doit se mettre au service du patient pour que celui-ci acquière une meilleure connaissance de lui-même et de son fonctionnement psychique, encourageant ainsi sa croissance personnelle. Pour cela, il faut renoncer à la mystification des psychanalystes et de la cure analytique comme voie unique et absolue de l’accompagnement et de la prise en charge des souffrances psychiques. La psychanalyse ne doit pas fermer ses portes à d’autres courants de pensées. Il est nécessaire de vivre avec son temps, d’avoir une approche souple tout en gardant une assise et des connaissances solides, documentées et en perpétuelles enrichissements.
Un clinicien ne peut pas être affilié à tous les référentiels théoriques et cliniques. Néanmoins, diversifier son champs de connaissances permet de s’adapter au sujet que l’on rencontre, à sa problématique mais aussi à son besoin à l’instant T où il vient consulter.

En conclusion, il me semble important de rompre avec la vision clivée et rigide de la psychanalyse. Loin d’être une bête noire, comme certains le pensent, elle est d’une richesse insoupçonnée lorsqu’elle se marie avec d’autres sources de savoir. Elle se doit d’être utilisée de manière souple et dynamique. Comme le disait Georges Devereux, il ne s’agit pas de mélanger les approches mais de mettre en avant leur « complémentarité » pour un accompagnement au plus proche du sujet et de son besoin. Remettre ce dernier à la place où il doit être, c’est à dire au centre du soin.

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Charlotte Cohen Psychologue Clinicienne
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